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jeudi 3 janvier 2008

Panorama 31 - Miroir mon beau Miroir



Mort. A la santé du feu et de la mère. A nos étincelles. A nos chimères. Corriger d’un coup de crayon la grimace du reflet, fêter, retrouver, embrasser puis ressasser, plaisir jusqu’à plus soif, sourire jusqu’à satiété, sel et sang des terrains conquis et descente de lit sur un ciel gris - je vous aime pourtant mes amis mais vous regarder m’étourdit – Atone, A-temps, les sens et le corps, confluent, à trois ans des trottoirs vides, à deux pas des trous béants, les coudes dans les murs, les clous sur nos petites blessures, murmure, et l’écho de la raison, l’écho dans le corp tendu de la maison qui nous est revenue, toute intérieure, toute de retard sur les désastres anticipés des âmes par l’enfance liées, seule, lustrer les sourires que la nuit dernière a laissé sur nos verres, lire dans la lie et dans l’écho de la raison, immobile sur la voie de la guérison, ne pas prendre les vieilles nostalgies pour des digressions, les vieilles nostalgies qui me regardent de loin, d’ici, de là, des valises qu’on porte à bout de bras jusqu’au seuil de la nuit, avant que le train parte, avant que le train passe sur le soleil avare pendu à la plaine, pendu à un pays que l’on nomme pour payer son tribu, que l’on aime pour ne pas perdre son nom, mon pays las de mes petites tristesses, de mes vraies attaches et de mes longues lettres, las de ce tout qui devrait être un moi-un ici-un maintenant, un temps qui me garde de loin, que je nargue déjà, très tôt, le matin, un temps portant la patine des pôles infinis, de mon nord et ses terres noircies par la nuit qui les berce, un temps rendu à la veille et que je laisse un peu plus à l’ouest de mon Eden et son éternel aujourd’hui

mercredi 12 décembre 2007

Panorama 27 - On est pas sérieux quand...


"Encore un jour de pluie que cette fois je surplombe, un ciel clair, un corps creux, la tête entre deux feux. Savoir où l’on est, savoir dans quelle paume la main s’est posée. Mon ami, ton visage n’a laissé qu’un flou, l’espoir de te revoir, de toucher à nouveau la dignité de ta peau comme tenter, seulement, d’apprivoiser l’ombre des fous. Car c’est derrière cette ombre, mon amour, que tu as délié nos horizons. Le soleil brûle sous mes pieds, et maintenant que je sais pouvoir te garder, du bout des doigts qui compt(aient) les longs mois, trois fois, rien, qu’un geste de la main, à peine, nous retient. Oswięcim – Rękawka, maintenant mon amour , il est temps de tout raconter : "

Promesses évitées

On est pas sérieux quand…

lundi 10 décembre 2007

Panorama 26 - Contrepoint


A la croisée des mondes – le cul sur la chaise – le cœur à l’écran – la main blanche agite l’hésitante et lancinante envie de rouvrir les vieux carnets.

Comment faire lorsque l’intime prend toute la place, lorsqu’aux yeux de ceux qui nous croisent, il n’y a plus que le costume, tel le masque, la tête à grimace des responsabilités qu’à un moment donné chaque homme se doit de porter, comment faire lorsque l’intimité s’adapte trop bien au jeu social, comment faire quand le joyeux bordel, quand le jardin secret des enfants devient le terrain d’échange de l’adulte cachant comme personne qu’il ne mérite pas encore, pas encore, pas encore le nom qu’on lui donne ?

Il y a un an, devait s’imposait une mise au point qu’il faut aujourd’hui reprendre. Ne pas oublier que toujours, tout est à reprendre. Les voyages avaient commencé ici, ici où aujourd’hui je m’apprête à repartir vers les « là où j’avais vécu », là où le pas guidait la tête sur les balises de quelques petites envies, là où j’avais laissé à l’ombre de mes lubies et de mes utopies la capricieuse nostalgie. L’été derrière moi, je reprend la route à la découpe d’un ciel atone, je défroisse la page pour y suivre les lignes blanches. A l’envers de la nuit, sous le lit, je vais voir un peu plus à l’Est de mes silences

dimanche 28 octobre 2007

Panorama 25 - Soliloque

Le 26 octobre, à l’heure atone et tranquille des digestifs qui apaisent l’armada de cafés de la matinée écoulée, Libération posait un temps fort entre deux articles de poid, de fond (mimant l’« idéologie » d’une édifiante fiction) en annonçant : Apprenez le Grec et le Latin au lieu d’étudier le Marketing, vous pourrez ainsi peser sur le monde de manière inattendue. De manière inattendue… de manière inattendue… le son des couverts qui brillent, des torchons humides, des machines qui s’endorment à l’envers des vitrines aurait pu répondre comme suit : Les prophéties de notre époque seront anecdotiques ou ne seront pas.

Journée passive passée à penser à la lumière de tout ce que j’ignore, ne vois pas, ne sais pas, n’entends pas et connais pourtant sur le bout des doigts - ce rythme que j’épouse à chaque pas et que je perçois alors pour la première fois...et voilà que cet antagonisme de fond de bar me fait revivre…

..l’envie d’ajouter au brouhaha tranquille, diaphane, lancinant sur le galop du cadran figé par chaque client qui lève la main sous le ventilateur au souffle lent…à chaque commande passée me vient l’envie d’ajouter que l’éloignement du monde n’est que mission à son égard, l’oubli de ses lois est le fruit de leur connaissance profonde, pour être dépassés les carcans de la norme doivent être éprouvés, qu’aujourd’hui le monde sait, qu’il doit agir, qu’il doit bouger, qu’il a trop engrangé, amassé, rempli des caisses de blé désormais bon à brûler avec les clichés du pragmatisme et de la prospérité. Une table époussetée, le chauffage augmenté d’un ou deux degrés, il est des constats qui vous installent au fond du sofa.

…il y a tellement de vies par là, de vies pour rien, de vies qu’on ne jugent tout simplement pas parce qu’elles ne nous retiennent pas, d’autres qui comme moi suivent le flux, suivent la masse dont ils préservent pourtant chacun de leur pas, chacun de leur choix, d’autres qui comme moi roulent et usent la rue que l’on rêve renversée, déracinée, arrachée au rêve que l'on fait le regard immobile sur l’envers des vitrines, le regard dans les paumes retournées, bien décidé à payer de son silence l’impardonnable innocence des passants qui passent pendant qu’on pense…

Latin grec savoir ancien image marketée d’ésotérisme liophilisé 30 millions de consommateurs à l’éthique breveté le feu des pensées dans une souche attendrie par la pluie tâter la pâte molle la pâte fraîche à tâton à l’ombre des forêts de la reine Kawase tâter les prémisses d’une existence perdant totalement l’esprit qui la pense…

L’éternel Retour

Berlin – géographie précise de mes utopies – pour ta folie appelée Gomorrhe, je te baptise Rome contre ton oubli… Je ne t’ai jamais pensée, jamais réfléchie, je n’ai jamais fait que te sentir à nu sur ton pavé brisé par les racines des arbres qui m’abritaient et au cœur desquels, peut-être, subsiste encore l’espoir de nos mémoires vierges (?)

Pour l’heure, j’espère juste que je ne regretterai pas mes choix pris dans le cadre de cette liberté défendue, attendue qui aujourd’hui se contente de me regarder vieillir.

mercredi 3 octobre 2007

Panorama 22 - Les liens

Avoir tant, tout, peut-être trop, vécu là-bas, deux, trois, dix fois, avoir contemplé l’infini des chemins parcourus et desquels nos insomnies ont tissé les liens…puis se rendre compte ici, bien naïvement – dans l’étroitesse de l'instant - que l’on a juste était absent, un tout petit moment …

Als das Kind Kind war, ging es mit hängenden Armen,
Wollte, des Bach sei ein Fluss, der Fluss sein ein Strom
Und diese Pfütze das Meer.
Als das Kind Kind war, wusste es nicht , dass es Kind war,
Alles war ihm beseelt,
Und alle Seelen waren eins
Peter Handke,

vendredi 21 septembre 2007

Panorama 21 - Utopia

Silence
– silence et froid, et puis un trou aussi, par ci par -


Le regard qui se perd sur des contours qui n’existent pas.
C’est en voyant les aires vides, en retenant l’histoire dans les coups de vent, dans les interrogations ou peut-être juste dans les sensations, que l’on comprend la souffrance d’une ville - cette ville où pullulent les friches des grands évènements. L’histoire est ici une âme errante dont l’ombre se repose tant aux portes d’un musée qu’à l’entrée d’un McDo…

- ils étaient , on le sent, on le sent à s’y brûler les doigts -

…et c’est parce qu’il n’en reste plus de trace

– L’odeur de l’absence -

… que l’on comprend la patience de cette ville. Aujourd’hui Berlin est une Babel sans tours, sans murs, sans autre chose que la lumière alanguie sur la fenêtre où se reflète l’infini des boulevards – les Modern Things qui défilent jusqu’au bout de la nuit – les édifices qui veillent les parcours des trains de nuit, sommeillent sur la poussière des archives qu’on déterre. Le silence d’une ville à l’heure où la nuit défile…défile et n’en finit jamais…contre les angles gargantuesques de trottoirs au bord des hangards où ne se cogne qu’un regard – espoir qui vous espionne : regarder fixement défiler le temps, le temps qui vernit les moments ouvrant des espaces réservés, des espaces à l’envers du temps, des évènements, des façades rénovés, de l’ennui et des miroirs brisés, des espaces où penser la beauté.

Des moments où l’on comprend simplement que Berlin n’est qu’Utopie.

- Utopia, je prends un détour, Europa j’ai tâté tes contours qui me mènent droit au Panorama où…

…chasser la mélancolie du jour là où la nuit tenace s’amuse à polir le temps, à jouer hors les mûrs la monotonie des horloges sur laquelle on plit et déplit son lit. L’instant ne connaît pas de jour, ne connaît pas de temps. Il est un rythme, tout simplement, un rythme à nu, têtu, uniquement vêtu du souffle suant de tous ceux qui tentent de le suivre en dansant…le suivre en fuyant l’idée du retard sur la nuit comme un don qui nous sera repris. Alors on ne cesse pas, on prie, on prie sans foi, sans voix, avec rien d’autre que la certitude viscérale que quelqu’un d’autre danse sur le toit (que l’on ne voit pas de là) - on prie, on prie la chaleur intérieur du béton prêt à céder sous nos membres exsangues alors que le jour s’y heurte de toute ses forces, on prie à l’heure où d’autres son protégés par le sommeil, on prie les visages soumis aux exigences de corps qui ne pensent plus, qui dansent et dissuadent le soleil précoce de faire sonner ses horloges. On prie et on espère que brille encore un peu leurs paupières de verre, leurs regards accrochés à la chaleur d’un néon où grille ce qu’il leur reste d’énergie. Il y en a un, soudain, qui ouvre une mangue fraîche où viennent se ruer les traces de lipstick pendant que l’Aube, enfin, nous offrent ses déesses frénétiques, leurs gestes arachnéïques venus atiser le regard de ceux qui ont tout donné. Aveugles à l’heure où malgré la clarté du dernier dimanche d’été, persiste un coin d’ombre à l’envers du soleil, de sa ronde et du jeu de la volonté, un envers de cette vie qui en a marre de son cycle, un envers fait d’envie et d’excès - amnésique et anonyme Temple qui déborde de son ombre, un centre du monde que l’on nomme utopie et qui se tient là, devant moi – panorama à deux pas de l'absence de cette époque là

Chaque soir, Berlin reprend son rythme au milieu de nulle part, comme on perd la mémoire, accrochée à la jeunesse de celui qui a oublié son histoire. Chaque soir, Berlin scande son mythe à l’angle de tous les trottoirs où je me suis arrêtée pour écouter…

…l’eau brûlante sur l’émaille ébréché, l’enseigne du magasin vide qui grésille sur le seuil de la nuit, l’odeur assourdissante des usines abandonnées, le silence sacré des rues bondées, les journaux de la veilles chiffonnés par le vent, le froid qui s’agrippent au devant des vitrines, la course des travailleurs du lundi sur les heures de sommeil manqués…et dans le bruit de la vie, le bruit de ma ville résonne encore cette musique qui s’accapare toutes mes nuits :

Utopie

samedi 15 septembre 2007

Panorama 20 - Europa


Jetzt – Zwei Tage später – fühle ich nur tiefe Sehnsucht – je me suis arrêtée là, au bord de la route - Suche ich nur dieselbe Stimmung - je hume - dieselbe Architektur - la lumière crue qui saigne à vif tous les objectifs - dieselbe Figur - je cherche une vitrine, une enseigne - dieselbe Frau – la même. Poussée par un besoin qui ne se nomme pas et vous plombe les bras, je m’assoie et regarde les derniers jours d’un voyage passer devant moi. Die neue Zauberkeit heisst Gewalt, (Ver)Zweiflung Winter und Ausstrahlung. Je compte et m’assoie - Es fehlt mir etwas – aber was ?

Europa – j’ai laissé mon sommeil là-bas

Je conte et m’assoie…

…aveuglée par la volonté de pouvoir regarder de tous les côtés aux quatre pôles que mes caprices ont fixés. Le vent de l’est qui bat et vous parle, vous appelle et vous hâpe – (Vor) Schlag – J’ai quitté mon lit en pleine nuit, retracé mille fois les itinéraires qui de jour ne trompent pas, j’ai rêvé dans des trains qui surplombent les montagnes glacées, dormi dans des wagons doré à la lumière de la nuit, aux côtés des femmes qui ont salué mon silence en mettant un peu d’ombre sur leurs lèvres, j’ai vu des nefs, des gares, des fôrets, des faces minés cacher le soleil des longues promenades de fin de journée – j’ai voyagé, seule, vétue de la naïveté de celui qui ne veut jamais s’arrêter … face au vent glacé, le vent de l’est qui bat et vous parle … (Vor) schlag.

J’ai dépassé le périmètre de la cours carré, la cours où j’ai courru, cherché, oublié l’amant parti sans me réveiller.

Europa – la fin du voyage dans mes draps

weiss und breit…

dimanche 2 septembre 2007

Panorama 18 - (Sehnsucht)

Débarasser la table, refermer son livre sur la page marquée que l’on a pas terminée, … prendre son étui à lunettes, passer la porte et ranger ses clefs dans la poche trouée, dévaler les escaliers, la fenêtre d’entre les deux étages, celle sur le rebord de laquelle est posé le petit arbre dont les feuilles touchent le ciel, comprendre qu’on est encore haut, qu’on est encore loin, accélérer la cadence, ouvrir la boîte aux lettres avec la clef qu’on ne confond plus, tasser le courrier de la veille puis sortir, à l’ombre de ce silence qui nous fait oublier la course qu’on vient d’achever, qui nous fait oublier l’heure qu’il est, redresser le col du manteau, retrouver son vélo, s’atteler, et puis foncer sous les arbres à l’abri desquels on avait oublié qu’il fait encore nuit

Tâter un peu de l’hiver du dernier jour d’août, tracer un cercle sur le pavé et puis retourner, l’appartement, la chambre, vers la fenêtre encore grande ouverte…

...pendant que la nuit continue de danser sans compter, à battre dans le bide de ceux qui sont en face, le regard alentour, les pensées dans mes détours, en désordre et encerclés par un nulle part que l'on nomme Panorama

mercredi 22 août 2007

Panorama 17 - Monumental

…à peine quelques heures plus tard, je relevais la tête, mais seulement la tête, comme si je m’étais simplement étourdie de l’immobilité de mon corps – stoïque et fragile à la fois, imperturbable mais vulnérable – tendu entre le souffle de la lune et les rainures du plancher. Je rêvais. Sous le noir des draps qui recouvre la clarté de ces rêves interrompus trop vite, à peine quelques heures après avoir cherché l’obscurité – et ainsi depuis toujours, depuis la petite éternité, l’utopie dont je suis l’unique touriste – je me réveille, repoussant loin devant moi l’impression de n’avoir pas une minute dormi. Je me réveille. Sous le ciel lourd de midi, il fait encore nuit.

J’ai rêvé des rues toutes plates qui portent le nom de montagnes, j’ai rêvé des panneaux que l’on cache dans l’ombre des places en chantier, j’ai rêvé de ces balises perdues depuis que personne ne les voit plus, j’ai rêvé d’anges amoureux d’une tour de ferraille, de fièvres, de feux, j’ai rêvé de trois flambeaux rouges dans le ventre des nuages, j’ai rêvé que je levais mon verre à la prophétie des égarés, des sans bagages, des sans visages, des sans soucis. Authentique et rêvé. Maintenant, me voilà à la table d’un orage sans pluie. Absurde et incarné. Je veux juste ouvrir les yeux mais impossible car … le crie …. Je veux juste recueillir à nouveau le premier souffle de la journée mais impossible car … le crie … Je veux juste ne plus avoir à me réveiller. Impossible, je crie. Je crie derrière le bruit, devant, au-dedans de lui, je crie à m’en donner le tourni. Je crie à me rompre les poignets sur le bois des portes fermés. Je crie sur l’envers de la nuit. Tout le monde est réveillé. Tout le monde longe les routes que trace la surdité des journées solaires. Pas de lumière – moment creux, entre deux temps, entre deux songes, surface ronde et lunaire à la rencontre du ciel et de ma fenêtre grande ouverte, surface sourde et féconde à l’affût d’un bruit, à l’affût du passage de quelques petites gouttes ayant tout oublié du début de leur course. Immobile, neuve et rompue, je reste sans voix à la vue d’une autre journée qui étend sa fascinante évidence, immense, devant moi.

samedi 18 août 2007

Panorama 16 - A....pprivoiser

Comme on gravit des montagnes, courrir les horizons plats, pas en avant, tout le temps, perspectives, dégringolades et vitrines à contre courant - à l’approche. Obsession qui déroule les kilomètres et s’enroule dans les draps. Ne plus compter les jours, vivre dans le bruit des assiettes retournées, du silence par-dessus les forêts et dans l’ombre précise de la cour carrée. Seule dans le rêve d’un géant, à deux pas d’une usine que le vent vide – un géant que l’on nomme Ziel, qui vous regarde au-dedans de l’âme et vous tient dans l’Illusion qui vous étreind.
Künstlich à regarder vivre les artistes alors qu’on ne cherche qu’à voir passer les gens, éternellement. Tous, le regard suspendu aux rayons bleus d’un écran - perdue - fin de journée lorgnant le dernier étage d’un café aux vitrines qui débordent (encore) des Allee – des Allee où l’ombre d’A.... s’est arrêtée.

L’air du temps a la saveur exquise et piègeuse du printemps soulevant la cime des arbres, les antennes des tramways et ces néons de feux aux couleurs qui vous tendent les bras, vous auréolent et finissent par vous brûler les yeux…

A.... est là, face à moi. Son regard – absence berçant les interrogations – et tout autour le brouhaha. Fragile – volubile - bleu de ses yeux sur son geste qui tremble - ombre de nos mains posées sur le bois de cette table où s’allonge encore le crépuscule de l’été - le même – interminable - béni par l’éternité à laquelle on croit et à laquelle on offre le dessein de nos journées. Il faut avoir fait du chemin pour savoir d’où l’on vient, et toujours, prendre des détours lorsqu’on a décidé d’en parler. Lumière dense - apprendre à nommer – les yeux bandés - mais surtout soutenir le regard d’A.... qui se contentera de poser des questions sur toi – oui toi - dans le caprice de sa langue qui se fait entendre derrière elle, devant moi - sa langue qui va rompre son écho à l’endroit où le soleil plante sa lance, faisant des horizons de cette ville un point fixe… ein Ziel - repos des illusions.

La nuit tombée, me vient soudain l’envie incongrue, d’aller de l’autre côté de ma rue.

vendredi 10 août 2007

Panorama 15 - Rester ici

Prévoir,
mesurer,
anticiper.
(dé) comptes
pour rien
personne
nulle part

en construction

Pleine lumière, sur les terrains vagues, entre les boulevards et l’ombre vaporeuse en dedans des trottoirs.
Un homme fige sa marche aux portes d’une usine dont les murs flottent de part et d’autre de leur histoire. Jetzt, chacun crée comme il marche, comme il raconte justement sa propre histoire. Des hommes au regard de pierres, qui lèvent de grands verres où cogne la lumière, des hommes qui vous tendent la main comme on caresse la poussière. Le temps cesse à heure fixe pour nous faire entendre le récit qu’eux… le récit qu’il… le récit que l’on promène au fond du sac qui leste nos pas, nos Allee mécaniques, nos coups de pédale arythmétiques vers la voie d’un impossible retour, le récit sur lequel se dressent nos envies … recht, links, links rechts … il y en a qui mieux que moi ont appris à compter, à prévoir, mesurer, anticiper ; à compter pour se défaire des chiffres ; à compter non pour entasser mais pour étendre la terre, la terre gorgée de ce plein été en fonte sur nos nuit... la terre à mesure des désirs de celui venu s’y perdre. Un été en roue libre sur le crépuscule des principes, des lois, des idées qui nous somment de nous arrêter là. Le premier été.
L’homme, la face pleine d’ombre et de sueur, la face pleine de doute et d’ardeur, plonge à nouveau son regard dans les dernières larmes d’un feu qui s’éteint. Un souffle, je vole son image et repars. Factice et authentique : je ne fais que provoquer le hasard, décidée à faire confiance à cette chimie qui remet en cause ce temps, le temps à perdre, à consacrer, à meubler contre le moment d’une petite halte. Un détour qui n’en a pas fini de nous posséder. Je marche comme on tâte le hasard d’une simple rencontre, à l’aveugle, à l’abri du temps qui se détourne, se retourne, se replie puis reprend… jusqu’à ce que la nuit vienne, jusqu’à ce que ma course se dérobe au regard d’un autre homme qui m’attend, là, nulle part.

samedi 4 août 2007

Panorama 14 - Premiers instants


Le temps c’est la lumière qui tourne sur les bancs d’un grand parc dont tout le monde a pris congé et qui à l’horizon du dôme de la rue O… s’éteint, doucement. L’été se compte, l’été se tâte en souvenirs dont on a fait table rase (les doigts repassant les engelures du bois). Des souvenirs en suspend sur les reflets naissants de boulevards béants. La folie d’une ville où l’imagination s’est épuisée. La folie d’une ville qui déborde encore des rêves qu’on lui a cédé. La furie d’une ville dont les frontières suivent le galop de celui qui erre. Le temps, c’est cette histoire qu’il me raconte (l’homme fenêtre dans le cadre de ses trop grandes lunettes), le bel héritage qu’il est venu chercher le long des lignes courbes de pages que je n’écrirais peut-être jamais, le mythe de celui qui toutes les nuits ouvrait à la course du dernier cavalier le pont levis de ce chateau que nos itinéraires ont oubliés. En son fort, le carrosse ne se métamorpose plus désormais, mais disparaît. Dans un petit coin de verre – verre poli sur la sagesse des arbres qui s’y regardent - le regard du conteur, unique et vertical, rendu à cette lumière qui berce son silence royal, partout, tout autour. Je n’ai pas peur. Le temps, c’est aussi savoir se taire au bon moment.
Nous voilà donc disponibles ! rendus à ces actes dont la nécessité passe, passe avec le vent. A mains nues. Mais nous voilà également ouverts à la vision imparable de cette silhouette, ombre qui se creuse au fond du jardin, immobile, soliloque étouffé de l’homme figé par la voix de son époque, d'une époque qui hurle et lutte contre le souffle des monuments absents. S’en est fini des gestes guidés par la précision d’une pensée qui ne fait que se fuir, remuant ciel et terre. Nous détournons les yeux, imposant alors un silence fait de chair et de sang. Eteindre les cadres d’or et de vide où l’Aufklärerich fait vivre sa famille. Je l’écoute me raconter qu’une fois sa course achevée, le cavalier venait se reposer au pied d’un arbre déraciné. J’écoute l’histoire transmise, l’histoire nourrie du silence de celui qui y croit – celui qui se tait – celui qui s’y voit. Et la nuit imminente qui semble lutter contre le feu des ces journées montées trop vite, les jours sages et impatients auxquels participe le mythe. Jetzt, Berlin, premiers instants

vendredi 3 août 2007

Panorama 13 - à pas d'heure

Pour l'heure je ne garde que l'écart d'une horloge qui retarde. L'heure attendue. L'instant éperdu. L’heure qui n’est plus qu’un retard, retard sur la nuit retord qui me regarde, m'attend. Je tarde, (reprends) hésite, me ravise, me butte et fige. (maintenant). Je reprends : le tant attendu qui tarde et me nargue. Ecart. J'attend

jeudi 31 mai 2007

Panorama 11 - Visions

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Goethe, Erlkönig


La route qui dégivre les conversations vaines et apathiques sur les vitres des airs de repos, Far, Far, Far Wen (fer)sehe ich ? pleins phares chaque fois que je parle à mon voisin qui marche sur mon pas et ne me comprend pas, des ponts sur l’envers du soleil courant vers des rives inatteignables, bordées de pancartes où vibre encore le reflet de la nuit passée, Tourne, Tourne, Tourne le cœur de la Turm dans les nuages épais, tourmentée, Kosmos en lettres de lumières sur le pavé de la Karl-Marx Allee, ne garder que ta nuque comme l’horizon unique d’une route interminable, la marche déguingandée des anges, arracher aux tilleuils leurs feuilles que l’ont agite par-dessus l’épaule pour effrayer le vent, découvrir des tombes sous les lys, les pensées et les bosquets, des voix lointaines et des discutions sirotées à la sève des audaces imparfaites et satisfaites, puis l’orage, un refrain millimétré, la catastrophe chronique qui rassure les désespérés, le lendemain, une roue crevée sur un éclat de verre, souvenirs, revenir sur ses pas, s’arrêter aux portes des écoles désertes, dévier encore une fois sa route pour contourner les plaines, garder ses questions en tête, se réveiller encore dans la chaleur des draps qui ne nous appartiennent pas, vivre de l’impression de n’appartenir qu’à soi, te tomber dans les bras, s’accrocher à des rêves que l’on refera encore une fois, partir, murmurer « ne te retourne pas » dans toutes les langues que l’on ne connaît pas, la Turm dans le ciel qui se couvre, le parfum du sable et la froideur du marbre sur les trottoirs de la Karl-Marx Allee, rentrer pour repartir, les pensées gratte-papier, gravir les montagnes invisibles sur des kilomètres de rivages plats, écrire son nom avec deux L, HimmelWeg, vague, voix, puis départ, un peu plus loin, là-bas…

Ich reite allein.

lundi 23 avril 2007

Panorama 9 - Nord


Mon compagnon me dit qu’il est des villes dont les routes nous aspirent et tendent vers un centre que nous n’atteindrons jamais. Il me dit qu’il est d’autres villes qui n’en ont jamais fini de nous faire tourner dans leur ventre. Puis il s’arrête et jette un regard vers le ciel qui s’allonge sur les antennes électriques d’immeubles qui ne cessent de nous humer, de tâter nos va-et-vients à décoller la poussière de ceux qui avant nous sont venus, sont passés. Je décèle alors un large sourire sur son visage cramponné au flux de l’horizon vertical. La musique commence. Un homme en tailleur au pied d’un tambourin à la face duquel il se balance, dessinant à chaque coup de poignet la flamme haletante que sa silhouette offre au regardeur égaré. Il chante.
Ecoute donc un peu le récit de l’errant bienheureux, de celui qui peut poser même en plein été, la brume sur les pavés. La Maison de mon rêve. Celle où un jour nous entasserons des cartons de lettres pour détrôner ceux qui face à l’homme flamme, à la danse du serpent ne répandent que de petites pensées. Je rêve que je marche comme l'homme encore fou des parcours à l’envers des panneaux, à buter dans les roches et le feu…pendant que d’un œil, mon compagnon passe du rouge au vert, sur la danse des lumières, des passants et des courants d’airs. Nous marchons dans les pas d’un autre, craignant les sirènes cachées à l’ombre des fenêtres et des miroirs éthylées. Un tramway passe et dessine les airs que respire la forêt, grésille sur la voix de cette femme qui recouvre ses jambes d’un voile prourpre et blanc…je rêve que je marche dans cette maison, à l’ombre des branches décharnées sur la pluie des bourgeons, je rêve que je marche vers d'autres horizons.

dimanche 15 avril 2007

Panorama 8 - Etats d'âmes




Un moment d’hésitation comme on ouvre un brêche dans le temps, dans la clarté d’un jour aveuglant, et dans tous les battements de petites mains qui tournent les pages. Je m’étais arrêtée d’écrire. La rue à pic, à l’amorce de mon pas, à l’aveugle.
Elle aurait pu passer son chemin, elle aurait pu ne pas prendre place à l’ombre qu’une journée dorée par l’attente tranquille avait dessinée (trois accolades sur le pavé). Je ne sais plus, je n’ai pas compris. Elle a pris à revers mes détours favoris puis s’est mise à raconter, posant entre chaque mot la moue de la fillette qui lui court encore dans la tête. L’enfance, c’est passer son temps à courrir dans les maisons, à se cacher derrière les portes et pouffer au creux des mains qui aujourd’hui, face à moi, se replient parfois, masquent ces regards qui vous tiennent au défi de raconter votre propre histoire.
Poser le premier mot à l’endroit des premières fois ? S’enorgueillir d’une parole qui serait juste sous prétexte de mots qui sortent aussi vite qu’ils sonnent ? Hors cadre. Sourd. Le ciel passe sur une nuque qui frissonne. Le verre vibre sur le vent en lutte contre les pages de mon carnet à grimaces. Alors ? Le premier mot sur l’épaule de celui qui nous a montré, une fois, la passerelle passant au dessus des forêts ? Le premier mot sur le cœur, dans ces poings qui n’en peuvent plus de serrer ? Des bribes, des éclats sans nom sur l’hésitation de ma voix. L’horizon se couvre des vestiges de jours passés dans le revers de la lumière, sur le pas d’une porte que l’on craint de voir s’ouvrir sur la barbarie de l’époque. A notre tour désormais ne plus prendre les années, les détours, l’âge et les passages abandonnés pour un compte à rebours. Marcher, suivre la cadence des horloges retournées et puis se mettre à croire que la fin du jour est un Retour.
Je l’écoute me raconter.
Je me creuse la vue dans la tête et de là, je maquille les principes d’un « autrefois » qui ne se souvient pas de moi, ses manières et ses manies futiles. J’ouvre mon carnet, soulève mon verre, le reflets de foules qui ne cessent de passer, le défilé des masques muets. Je feuillette puis je referme. Du cristal dans les mains, et me voilà riche de l’or des rêveurs ! Tant qu’elle me parle, je rempli son verre pour apaiser ma soif. Tant qu’elle me parle, j’entrouve les horizons, je surprends la silhouette sanguine des marcheurs de l’est. Je déblaie un peu plus loin devant eux les parcours accidentés qu’en retour ils imposent à mon silence rageur, mais docile. Sans oser lui dire, je l’appelle, ma dame, ma dame parmi toutes celles qui, ce jour-là, celui d’après, celui que je n’ose pas chiffrer, tiennent la marche sur l’espoir railleur des jours précédants. Mais que croyez-vous ? je ne suis pas sans ignorer l’illusion. Et puis enfin, voilà que j’en fini désormais du beau parcours qu’ont balisés mes hochements de tête. Son verre, impassible : ni la joue blanche de l’eau dans un bulbe clair, de flaques qui s’évaporent, ni la lie fatiguées des liqueurs que le soleil à trop chauffées. Juste le reflet de la vitrine, des rues sapées par toutes ces femmes qui ne portent qu’un nom, ne m’interrogent que d’un seul visage, celui de la vieille mère, de la compagne, celle dont la face d’ombre détient tous mes secrets, celle qui à l’envers du temps, à l’envers des récits bien faits annone mes petites phrases et mes petites pensées.

dimanche 8 avril 2007

Panorama 7 - Plein chant (écho)

Revenir sur ses pas, se retourner sur un vacarme de silhouettes, d’ombres complexes et apprêtées. Je suis sortie tôt pour prendre à nouveau le détour par la route du soleil qui se lève à peine - plein feu sur les parcours enfouis-. Et là, face aux portes que l’heure étincelante fait grincer, j'allonge les bras avant...avant de franchir le seuil puis je tâte doucement, d’un geste inconscient ; ainsi jusqu’à ce que d’une main blanche je serre le coin de mon vêtement chauffé par l’attente, le soleil, le vent et la marche sage des communiants ; un costume. La ville calme, les voix courrent. Ce matin, ils ont ouvert en grand la porte de l’Eglise pour que n’en finisse jamais le chemin dessiné par les pas de ceux qui parlent bas.

Prise de cours, je regarde, j'affole les horizons, là-bas, d’un côté puis de l’autre, par là. Je bute sur la mine inclinée de qui ne m’a pas encore aperçue....puis je souffle. Ils chantent. Ils se pressent sans bouger et, lèvent de temps en temps - absurde – le regard vers l’écran. Un monde (et peut-être l’ombre portée de ton monde) entre ce qu’ils lisent et ce que j’entends. Alors je fais un pas au devant, là où chacun mesure l’espace qui lui faudra pour s’agenouiller, poser la main sur ce sol que les hommes convoitent du regard, du sourire, du visage ivre ou invincible et que les femmes, avec leurs jupes, étendent derrière elles. Mon ombre et le soleil sur leurs nuques imprécises. Extase immobile.
Les statues n’ont pas de visage. Et je sais qu’elles miment à s’y méprendre les signes qu’un peu plus à l’Est les mêmes âmes caves et claires dessinent sur le ciel paisible. De quel côté du dôme cette lumière tombe en pluie sur l’ardeur d’une matînée qui s’enfuit? Deux heures peut-être, depuis le réveil. Ils se lèvent se signent et s’inclinent. Puis à nouveau l’écran et son regard pesant. Moi, qui tombe sur leur voix ou, eux, peut-être, qui reculent toujours plus près de moi. Tous, alors, de leurs yeux sourds, ils t’imaginent. Ils te voient et tu les écoutes me Parler encore une fois dans cette langue que je ne connais pas.

Peut-être l’attente était-elle vaine ? Mais comme je le dessine et le vois, là devant moi qui vrille, je profite de leur chant pour faire entendre ce songe vorace, sourd, blanc :
Dans la chambre du soldat, je marche sur la coque encore dure des tiroirs que j’ai renversés. Je trie parmi les petites futilités cherchant à sauver des débris de ce qu’il reste de nos trois vies - Rappelle-toi ta villel’été, l’hiver et puis l’automne où ne restait plus que le bruit des voies ferrées-

Désormais, devant l'écran, entre le monde et ce qu’ils lisent, un enfant, les petits doigts pointés haut, plantés bas qui scrutent le dôme et le bois. Il lève les épaules contre moi. La masse bouge et la première lettre de chaque phrase déserte le chant. Il est encore tellement jeune. Pas de visage, mais un chiffre sur sa nuque, un chiffre sur lequel ma vue se brise – le fantôme de la ville, de ta rue, de ta fuite fragile et de ton lit défait – trois fois 0 et un 8 dans tous les sens retourné. Un chiffre unique par lequel je te conte. Et contre toutes les voix blanches sur le son des cloches, ne subsiste que ce signe, mutique et presque rageur. Une date anonyme encore, mais qui partage avec moi le territoire d’un « heureux hasard » ; la date anniversaire d’un évènement qui m’attend là, au dehors, pendant que cette tempête docile et discrète balade les évènements qui se ressentent et mentent, qui déblaient nos énergies fidèles et fossiles. Trois signes chiffrant L’union scélée sur ton manque.
Et on retourne aux portes de l’église, pressé par le temps réajusté, le temps serein d’avoir gagné du terrain, d'avoir ramassé les gestes, les lueurs et les visages distants sur un même écran, un même écho, une même image... Cette image me bat aux tempes comme un cœur arraché au refrain qui vient de se terminer. L’union se brise aux portes des églises. Puis l’enfant retourne aux bras de ses parents en même temps qu’il tourne lentement vers moi sa face surgie de l'ombre, mais je pars, la vue trouble, lointaine, contre l’écho, contre ton corps brûlant, jusqu’à ce que la course du soleil dore mon costume encore intact et dessine tout autour de moi l’ombre rêvée de cet anneau que je ne porte toujours pas.

samedi 31 mars 2007

Panorama 6 - Impasse


Cette nuit là, je n’ai pas attendu que s’éteigne la dernière pluie pour fermer le livre, oublier les ratures de beaux récits qui s’ennuient, et partir, laissant sur les bureaux déserts du labeur d’avant la nuit, une porte grande ouverte.

Les pas au devant de la petite pluie fine, sur le seuil du château - comme ils disent-, le souffle sans encombre, j’ai compté les élans réprimés. Noir, nuit, néons auréolés. Le temps de poser quelques pas sur la nuit tombée puis…Là. Patiente, ferme et fébrile, la clé pesant de tout son poid sur le creux de ma main, l’ombre paralyséé sur le désordre de l’appartement. Là, à temps, discrète, soucieuse et voleuse de sorts, de chants, de rires jetés en vrac à la surface de l’écran dont je me suis détournée pour t’entendre murmurer, pour t’entendre lutter contre le jour, lutter contre l’ennemi, contre le voyage accompli. Derrière la petite porte par laquelle on ne sort pas, quelqu'un me répète que non, ce n’est pas ta voix.
Chez moi.
Noir, nuit, néons et date butoir. Tiroirs que l’on ferme à double tour sur les gestes stupéfaits. Ironie. Tâter la langue rapeuse de tout ceux qui se sont dérobés. Goûter la froideur langoureuse d’un trop tard, puis, simplement, prendre son temps, en ramener jusqu’à soit la chaleur traîtresse, la moiteur, la paresse…

D’abord, j’ai noué d’une main libre le petit ruban de feutre au creux de mes reins dessinant la belle boucle que l’on ourle une fois pour toute. Sur ma cuisse tendue vers un geste dont je ne me souviendrais plus, j’ai hissé un voile d’ombre et de soie blanche. Puis, j’ai cerné mes yeux du pourpre profond de nos nuits d’été ; souriante, dans le coin d’un miroir que j’avais brisé – je répète, écoute moi - brisé de mes mains alors fortes de ne t’avoir pas connu. Et éblouie, atone, glacée, j’ai recommencé, saluant l’habitude de chacun de mes gestes par le silence unique et profond dont cette nuit là, tu m'as hornée. Souviens toi.

Réveil contre les voix éclatées dans les infinies facettes de verres où se reflètent encore une fois, encore une nuit, nos faces fébriles. Ils rient vers l'infini. Puis, je me réveille et bute à nouveau sur ta voix, ta voix à la place de la porte. Quelqu'un me répète que non, ce n'est pas toi. L’écho d’abord puis le blanc comme une main ingénue, sa main enfin, comme en plein rêve, sa main sur ma peau ; sa main sur la page. Doucement. Je l’écoute. Elle. Parle moi encore une foi de cette langue que je ne connais pas. Elle, déesse de ta Terre, les cheveux tressés retraçant les frontière de mon pays, de ta patrie. Elle, maintenant, le geste furieux à me prendre la gorge, à m'arracher la voix sur ces moignons amorphes qui nous servent de mémoire. Alors, j'ai tourné les talons à renverser les trottoirs. J'ai fuis, marché, marché bête et folle, sans apercevoir les empreintes je j’avais laissé sur ce chemin, celui - pourtant - des « premières fois ». A nouveau, j’ai compté, posé mes pas sur l’échos hurlant de tes pensées qui ne se disent mais s’écrivent, j'ai carressé la silhouette chiffonnées de tes aveux de papiers. Oui, j’ai marché sur le silence d’après la fête, d’après l’attente, j’ai marché sur la face trouble et décharnée des trottoirs fatigués. Puis, d’un revers de main, j’ai relevé mon jupon, l’ai débarrassé de la petite pluie des grandes occasions. Car cette nuit là, Mon amour, je me suis fait belle pour ces innombrables jours où tu ne seras pas là.

jeudi 15 mars 2007

Panorama 5 - Mise au point


J'emploierais ici la langue que des êtres pourtant proches - et aimés - me reprochent de négliger. J'aimerais d'abord commencer par leur dire que c'est bien de cette langue que je cherche à m'affranchir. Je m'y soumettrais pourtant un moment, ici afin de leur montrer en vertu de quoi et comment je tente d'y parvenir.
La remarque de ces êtres chers me rappelle un petit texte que - dans le ventre d'un avion déjà haut perché - j'avais, sans bien m'en rendre compte, laché sur le papier. La fin d'un voyage marquait alors mon "retour vers cette langue que je ne connaîtrais jamais, justice rendue à celle que je ne négligerais plus désormais". J'ai depuis un peu oublié le sens, la voix de ce texte pour ne garder que l'aile de la machine qui m'escortait et m'indiquait l'heure sur le ciel plombé qui me ramenait à Paris... Je sais seulement que ce texte était une promesse. Celle de "ne pas", de "ne plus", et autres formules bêtes mais qui aident à bouger, à se lever de son siège, à rompre le sommeil de midi pour tout simplement écrire.
Vais-je oser quitter mes hauteurs? Celles de mon voyage bel et bien terminé comme celles de la langue qui m'investie, qui m'encombre et que je tente pourtant de m'approprier - celle-là même que certains n'arrivent pas à pénètrer (qu'ils ne laissent pas faire et goûtent aux offensives qui peuvent sauver!) ? Oserais-je, naïve, feindre l'ignorance de tout pour poser la question interdite...?
La question de l'écriture est d'avantage affaire de "comment" que de "pourquoi". La question de l'écriture est celle que posent les enfants lorsqu'ils étaient enfants de Peter Handke qui les voyait pour de vrai confondre l'espace et le temps. Je l'avoue comme une faute qui en serait ainsi à moitié pardonnée ; j'avoue, juvénile, confondre consciemment le "voir", le "dire", le "montré", le "raconté", le "vécu" et l"oublié". J'avoue, naïve, avoir choisi de déposer mon ombre plutôt que de décliner en lettres droites et en temps chiffré mon identité...Et de là provient l'hésitation, la réticence que certains ont à me voir pour bel et bien ne pas me reconnaître. Et c'est ainsi qu'ici, à travers l'écrit, le flou, le non-dit et le contre-dit je souhaite raconter et reprendre un peu de ce texte où je faisais la promesse de répéter le geste ; de chaque jour rejouer la ronde de l'écrit qui se montre bien plus qu'il ne se lit ; cet écrit que d'autres - ayant eu d'avantage une vie de désir que de pratique de celui-ci - nommèrent épiphanie...
S'il est un chose que je consens à exprimer in-tel-li-gi-ble-ment et avec toute la raison - qui souvent, ici, me fuit - c'est le refus de l'écriture qui résout, de l'écriture qui répond et se soumet au système binaire et scolaire de la question. Je refuse l'écriture qui ne serait que l'écho de gestes accomplis, la défroque des êtres aimés ou haïs. Je refuse l'écriture qui comble et qui suit pour choisir de chercher le lieu bien réel où elle se cache, s'enclave, se grime ; d'où elle s'élève et nous happe, lieu sacré qu'elle n'a certainement jamais quitté. Tout simplement, par une idée naïve et un terme que certains voudraient sûrement plus laïque, je refuse que le mot comme la vue soient soumis à l'espoir aveugle qu'il est des sciences exactes et des pratiques précises et limitées.
Que me pardonnent ceux que j'aurais pu offenser. Ecrire c'est avant tout se souvenir d'une promesse que l'on a un jour adressé à l'ordre du monde à l'heure où, le regard saillant, l'on était pourtant encore bien incapable de parler.